Alexis Arguello
(1952-2009)
Premier champion du monde nicaraguayen, celui qui était surnommé «El Flaco explosivo » (le maigre détonnant) a été couronné dans trois catégories. Brillant en plume, invincible chez les super-plume et solide poids léger, il a échoué dans sa tentative d’un quatrième sacre face à Aaron Pryor, lors deux affrontements de légende en super-léger.
Retiré des rings, il a mené d’autres combats sur le terrain politique pour être élu maire de Managua. Mais devenu dépressif, il a mis fin ses jours, le 1er juillet 2009, en se tirant une balle dans le coeur.
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Sa vie n’a été qu’un combat. Que ce soit dans les rues de sa jeunesse, sur un ring ou dans une jungle. Quel que soit le contexte, Alexis Arguello a toujours été un vrai guerrier. Vainqueur de 19 des 22 championnats du monde qu’il a disputés, le Nicaraguyen s’est avéré être aussi un rude opposant au pouvoir sandiniste, qui lui a pris en 1979 la vie d’un de ses frères et les 4 millions de dollars que lui a rapportés la boxe, en s’engageant dans les Contras. C’est pourtant sous l’étiquette du Front Sandiniste qu’il a été élu maire de Managua.
Alexis Arguello est né le 19 avril 1952 à Managua, la capitale du Nicaragua où la pauvreté semble être une fatalité.
Il apprend vite à défendre sa peau lors d’affrontements de rues qui forgent son caractère. Son beau-frère sent en lui un talent pour le combat et décide de lui enseigner la boxe. Agé de 14 ans, Alexis quitte l’école pour travailler dans une laiterie. Il ne sait pas encore que le noble art va le sortir de sa misère. En un peu plus d’un an, son palmarès amateur (58 victoires, dont 48 avant la limite, 2 défaites) l’incite à passer professionnel à 16 ans.
Son ascension est rapide. En 5 ans le prodige accumule 36 victoires, dont 29 par KO, qui font oublier ses trois défaites. Ce qui lui donne le droit au premier championnat du monde de sa carrière. Le 16 février 1974, il doit pourtant s’avouer vaincu face au tenant du titre WBA des plumes, l’expérimenté Ernesto Marcel, vainqueur aux points chez lui à Panama City. Ce n’est pourtant que partie remise.
Neuf mois plus tard, le 23 novembre 1974 à Inglewood (Californie), Alexis Arguello s’empare du titre mondial en infligeant à Ruben Olivares un KO dans la 13e reprise.
A 22 ans, le premier champion du monde nicaraguayen semble promis à un bel avenir. Et il ne fait pas faux bon. En dix-neuf mois, il défend à quatre reprises son titre avant la limite. Des problèmes de poids l’obligent à monter de catégorie et le 28 janvier 1978 à Bayamon (Porto-Rico)
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il défie sur ses terres Alfredo Escalera, qui reste sur dix défenses victorieuses de son titre WBC des super-plumes. Leur affrontement est d’une extrême violence. L’arbitre Arthur Mercante dira avoir vécu « le combat le plus brutal de ma carrière ». Dans les derniers rounds, le tenant du titre, envoyé au tapis au 2e round, a le visage en sang. Son calvaire s’achève dans la 13e reprise. Arguello coiffe une deuxième couronne dans une catégorie où il marquera l’histoire.
Il conserve huit fois son bien, malgré une rude opposition. Mais les Rafael Limon (KO 11e), Bobby Chacon (arrêt 7e), Ruben Castillo (arrêt 11e) ou Rolando Navarette (arrêt 5e) se rendent à l’évidence. Le Panaméen est bien le roi incontesté des super-plumes. Sa taille (1,78 m) et son exceptionnelle envergure (1,83 m) lui permettent d’exprimer au mieux ses qualités techniques et son punch. Mais dès lors, il rêve de conquérir une troisième ceinture et d’entrer dans la légende aux cotés des Fitzsimmons, Ross, Canzoneri, Armstrong et Benitez, les seuls à l’époque à avoir réalisé le triplé.
Il lui faut pour cela se rendre à Londres et faire face à l’Ecossais Jim Watt, détenteur du titre WBC des légers depuis plus de deux ans. Arguello construit patiemment sa victoire (147-143 pour les trois juges) pour marquer l’histoire. Après quatre défenses, notamment contre Ray Mancini (arrêt 14e), il veut être le seul avec quatre titres. Pourtant, il ne prend pas le chemin le plus facile en défiant Aaron Pryor, l’invaincu champion WBA des super-légers.
Le 12 novembre 1982 à Miami, la fougue de l’Américain ne permet pas à son challenger d’exprimer sa technique et sa force de frappe moins efficace dans cette catégorie. Arguello est touché à plusieurs reprises, mais il sonne Pryor sur une droite lors du 12e round. De retour dans son coin, l’homme de Cincinnati absorbe un liquide douteux que lui a adressé son l'entraîneur Panama Lewis. Avec une énergie retrouvée, le champion accélère et dans l’avant-dernière reprise il assène vingt-deux coups consécutifs à Arguello, stoppé par l’arbitre. Durant les quatorze rounds, Pryor aura porté 1 252 coups à son adversaire. La controverse de ce combat, renforcée par une anomalie du rembourrage des gants de Pryor, force la WBA à accorder une revanche au Nicaraguyen. Dix mois plus tard au Caesars Palace de Las Vegas, le champion ne laisse supposer aucun doute sur sa victoire par KO au 10e round. Après avoir annoncé sa retraite, Arguello tente un come back de quatre combats avant de s’en aller avec un palmarès de 80 victoires (64 avant la limite) pour 8 défaites.
Thierry Raynal
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